Le VAP Pi1

Bien connu de tous, le VAP Pi2 est une curiosité dans la production des moteurs VAP. Une belle tentative de moteur à vitesses et pédalier incorporé.
Officiellement, l'origine de son nom est "Pi" pour "Pédalier Incorporé" et "2" pour "2 vitesses". Cependant, grâce à M. Gérard GIRAUD (passionné de cyclo-sport) et M. Jean GUERRIER (ancien employé de l'usine impasse Thoréton), tout prend un autre sens. Le 2 ne signifie pas "2 vitesses", mais tout simplement qu'il s'agit de la seconde version du moteur Pi. En effet il exista le VAP Pi1, qui fut étudié, mis en production et diffusé avant d'être remplacé par le VAP Pi2. Voici sa genèse technique :

Courant 1956, le bureau d'étude de l'usine de Courbevoie étudie un nouveau propulseur "plus jeune". L'objectif est de réalisé un bloc moteur de 48cc avec une boite à 2 vitesses et un pédalier incorporé. Est lancer le projet du "Pi". Ce moteur à peine inventé fait déjà belle figure dans le magazine "Le Cycle" n°22 du 5 octobre 1956.

 


Source : Gérard Giraud

 

M. Guerrier, alors employé chez ABG/VAP aux usines de l'impasse Thoréton se souvient avoir participé à la mise au point du premier moteur Pi. Il s'agissait d'un moteur à transferts classiques sans réelle particularité technologique. Il travailla entre autre à la conception et la réalisation d'un banc d'essais d'endurance pour la roue libre qui était montée sur l'axe du pédalier à l'intérieur du carter. Cette roue libre ressemblait intérieurement à un roulement à rouleaux dont 4 ou 5 rouleaux étaient été remplacés par des cames en forme de cœur contenant un ressort. Ce banc mécanique était classique : : Moteur électrique, courroie, vis sans fin, manivelle, bielle attaquant un levier fixé sur l'arbre de la roue libre pour lui imprimer un mouvement alternatif. La roue libre entrainait un pignon sur l'axe duquel un frein réglable muni d'un levier soulevait un poids pour déterminer le couple résistant voulu. Il n'y a pas eu de problèmes d'endurance : la roue libre résista bien à la torture.

Sur ce moteur M. Guerrier essaya de très beaux cylindres en alu chromés dur avec un résultat légèrement inférieur aux cylindres en fonte.
Question de température peut-être ?


Cylindre de Pi1 en alu chromés dur

Cylindre de Pi2

 

Une fois mis au point, le moteur fut produit en petite série et envoyé a certains agents VAP en France. Qu'en est-il de sa réelle diffusion? Fut-il proposé à tous les agents ou seulement aux spécifiques... personne ne le sait. Cependant il est établit qu'Elie Tendil, l'agent de Nîmes en reçut. C'est en 1959 que M. Giraud y achète son cycle Tendil à moteur VAP Pi1 qu'il conservera jusqu'en 1965. Il réalisa dessus quelques modifications : garde-boue AV à 180°, garde-boue AR de PALOMA Strada, saute vent, feu stop, kick, etc...

 


Photo : Gérard Giraud

 

Suite à une utilisation quotidienne, la faiblesse du Pi1 se fit sentir. Le baladeur de la boite de vitesse cassait et venait quasiment toujours fendre les carters du bloc moteur. M. Giraud commanda alors les pièces nécessaires à l'agence Tendil en 1964 et demanda par la même la documentation technique pour effectuer la réparation de son propulseur. Il reçut les pièces et les précisions ci-dessous par courrier :

 


Source : Gérard Giraud

 

Mais en 1966, le moteur cassa à nouveau. Même cause, même effet. Suite à la commande d'un nouveau baladeur pour sa réparation, l'usine VAP ne pu satisfaire à sa demande lui précisant que "le stock de pièces pour P.I. 1 étant totalement épuisé, il nous est impossible de satisfaire à votre demande".

Suite à ce problème de fiabilité, la version 2 du VAP Pi fut étudié et mise en production. Il faut noter que Mr Giraud acheta son Tendil à moteur Pi1 en 1959. Lucer sortit aussi en 1959 un cyclo-sport type "Lucer Sport 593" à bloc Pi1. Le VAP Pi2 était lui déjà présent au Salon de 1958 ! Il est aussi possible qu'en cours de production les mécomptes clients arrivèrent et l'on dû plancher rapidement sur la version 2 en continuant à écouler le stock de Pi1 le plus discrète possible pour ne pas entaché la réputation de solidité et de fiabilité qui caractérise les moteurs VAP.

A cette remarque, M. Guerrier précise : "Le problème constaté par Mr Giraud ne s'est pas produit durant les essais sur route à l'époque où j'étais présent, mais cela ne me surprend pas tellement étant donné que le baladeur était réalisé en métal fritté avec des tétons ronds donc fragiles. Des crabots auraient été préférables. Un autre coupable était l'embrayage multidisques dans l'huile qui ne débraye jamais complètement surtout si le câble est mal réglé,ce qui produit des claquements et des chocs sur les tétons si on passe les vitesses trop rapidement".

Pour avoir eu plusieurs Pi1 et Pi2 entre les mains, M. Giraud confirme qu'il n'y avait à part l'aspect extérieur aucune correspondance entre les pièces des deux moteurs. Seul la culasse et quelques éléments minimes étaient les mêmes. Si l'on regarde les photos des deux moteurs, on peut discerner les différences extérieurs évidentes:
- fixation de l'échappement par 2 vis sur un plan verticale pour le Pi1 et écrou fileté pour le Pi2
- sortit du fil de bougie du volant magnétique à l'horizontale pour le Pi1, à 45° pour le Pi2.
- carter latéral gravé "VAP ABG" pour le Pi1 et "VAP" pour le Pi2.
- sélection des vitesse par un jeu de deux câbles sur le Pi1, par un seul câble sous tension et un ressort sur le Pi2.